
Après L’Odyssée, je vous parle d’une adaptation sur grand écran que j’attendais de pied ferme : Verity. Écrit par Colleen Hoover (Jamais Plus, Regretting You et Reminders of Him) et réalisé par Michael Sholwater, Verity narre l’histoire de Lowen, romancière sans le sou qui est engagée pour terminer la saga de la célèbre écrivaine Verity Crawford, paralysée à vie suite à un accident de voiture. Lowen emménage donc chez la famille Crawford dont Jeremy (l’époux de Verity) ne la laisse clairement pas indifférente. La jeune autrice se plonge alors corps et âme dans l’univers de Verity pour achever son œuvre, notamment via un mystérieux manuscrit… Voilà le pitch alléchant de ce long-métrage mêlant thriller et huis clos avec un soupçon d’érotisme. Prometteur sur le papier, même si la forme m’a laissé sur ma faim.
Pour info, j’ai lu le roman en début d’année. Je connaissais donc l’histoire et son fameux twist final avant d’aller voir le film. Pour vous donner brièvement mon avis dessus, j’ai de suite été happé par le récit, notamment en découvrant le passé sombre et troublant du personnage de Verity, qui plane dangereusement sur Lowen et Jeremy (ce que Michael Sholwater a bien su retranscrire devant sa caméra). Cependant, plus l’histoire avançait, plus je trouvais l’ensemble prévisible. Il faut dire que Colleen Hoover est connue pour ses retournements de situation qui viennent totalement chambouler le récit. Heureusement, l’épilogue joue ce rôle-là, ce qui a rehaussé mon avis global sur le bouquin. J’étais donc impatient de voir comment l’adaptation sur grand écran allait mettre en scène une histoire aussi sordide que celle-ci.
En soi, le film est assez fidèle à son matériel source. Les principaux événements sont repris à l’écran et des omissions ont été faites dans l’objectif de rendre le long-métrage tout public pour ceux qui n’ont pas lu le roman. Et je pense que l’œuvre de Michael Sholwater peut plaire dans cette optique-là. C’est divertissant, bien que ce ne soit pas le film de l’année. Si on a lu le bouquin, il vaut mieux passer outre celui-ci. Personnellement, j’ai beau eu passer un bon moment, le fait que certains détails importants aient été supprimés ou réécrits m’a gêné durant mon visionnage.
Déjà, le personnage de Lowen manque clairement de substance, là où dans l’œuvre d’origine, elle avait tout de même une histoire. Certes, le roman ne s’attardait pas trop dessus, mais vu qu’il était narré à la première personne, on s’identifiait rapidement à elle en rentrant dans sa tête. Ici, on n’a pas cette sensation. Certes, on a un rapide aperçu de ses galères et on nous gratifie même d’une voix off de temps à autre. Sauf que celle-ci n’apporte pas grand-chose, vu qu’elle apparaît à des moments randoms. Et surtout, le film ne retranscrit pas bien assez le sentiment de fascination et de répulsion qu’elle éprouve à l’égard de Verity (malgré plusieurs indices visuels qui nous le montrent tant bien que mal). En dépit de tout cela, Dakota Johnson parvient à faire avec ce qu’elle a, livrant ainsi une performance honorable. Ceci étant dit, ce genre de personnage introverti lui va bien.

Concernant celui de Verity, pour le coup le film parvient à bien le traduire sur grand écran. Sa personnalité est toujours aussi tordue et machiavélique, bien que certaines parties de sa vie aient été réécrites pour les besoins du film (à mon grand regret). Anne Hathaway est d’ailleurs excellente dans le rôle, en oscillant entre chaque aspect de son personnage avec aisance et subtilité. Mais là encore, le film rate le coche quand il s’agit de nous narrer son passé. Si l’usage classique des flashbacks est nécessaire, j’aurais beaucoup aimé qu’on voie plus souvent Verity « nous » raconter sa vie à la caméra (cf. quand Lowen commence à lire le manuscrit et qu’elle imagine la romancière assise à son bureau en train de « nous » parler tout en écrivant son autobiographie). C’est un super procédé qui aurait carrément pu fonctionner tout du long. Hélas, Michael Sholwater se contente du minimum syndical, soit par manque d’expérience dans le genre du thriller (jusque-là, il n’avait réalisé que des comédies romantiques), soit pour se plier aux exigences des studios.
(Je passe rapidement sur le personnage de Jeremy, car je n’ai pas grand-chose à dire à lui. Josh Hartnett est néanmoins crédible dans le rôle.)
Pour en revenir à la forme, comme je l’ai dit plus haut, c’est plat et terne. Il n’y a pas vraiment de passage qui m’ait marqué. Alors que, par exemple, dans Reminders of Him, même si l’ensemble était là aussi convenu, il y avait des scènes marquantes (comme un super plan séquence au début du film qui augmentait bien la tension chez le public). Le scénario, lui, va d’un point A à un point B, mais ce n’est pas le plus gênant (encore une fois, si on n’a pas lu le roman, ce n’est pas rebutant). En dépit de rebondissements abracadabrantesques qui passent mieux à l’écrit qu’à l’écran. La musique de Volker Bertelmann parvient tout de même à distiller de la tension et du suspense. Tandis que les chansons sélectionnées pour le film sont sympathiques, sans plus (la seule que je retiens vraiment est celle où Lowen et Jeremy échangent leur premier baiser). Enfin, le message sur la distorsion de la vérité pour les besoins de la fiction reste intéressant tout en étant bien retranscrit à l’image.
En conclusion, Verity pourrait être une œuvre cinématographique marquante, si elle ne se contentait pas d’être un simple téléfilm de luxe au cinéma. C’est dommage, car il y a du potentiel qui est cependant à peine effleuré à l’écran (cf. tout ce que je vous ai dit ci-dessus). Mais je pense que le succès public sera au rendez-vous.