[CINÉMA] Supergirl

Ça a été l’un des films dont tout le monde a parlé ce mois-ci, et pas en bien. Et qu’on a déjà tous oublié, puisque Supergirl « de » Craig Gillespie — je mets volontairement les guillemets, car les tensions en coulisses ont montré que le long-métrage ne lui appartenait plus — est un immense échec critique et public au Box-Office. Maintenant, s’agit-il de la catastrophe annoncée ? Supergirl mérite-t-il autant de mauvais retours de la part des spectateurs ? Réponse ci-dessous.

Selon moi, non. Le long-métrage n’est clairement pas dépourvu de défauts. Quand on le regarde, on sent que le produit n’est pas fini, qu’on veut nous dire plein de choses sans aller les approfondir pour autant. Le début et la fin me donnent d’ailleurs l’impression d’avoir regardé un simple téléfilm « vite fait, bien fait » (il n’y a pas ce côté épique comme dans le dernier Superman, par exemple). Supergirl n’apporte donc clairement rien de nouveau au genre du film de super héros au cinéma.

Maintenant, Supergirl n’est, selon moi, pas le navet annoncé. En toute honnêteté, j’ai passé un bon moment. Même si je vous avoue qu’au début du film, j’étais dubitatif, car je ne savais pas trop où il voulait m’emmener. Il faut dire aussi que l’histoire semble légère au premier abord : l’héroïne doit trouver un antidote pour sauver son chien. Dans le même temps, elle doit aider une adolescente qui veut venger le meurtre de ses parents. Mais au fur et à mesure que le film avance, ce dernier parvient à développer la psychologie de ses deux protagonistes et, par conséquent, on comprend mieux en quoi Krypto (le chien) est le « centre de gravité » de Kara. De même qu’en découvrant l’histoire de Supergirl, on est davantage touché par cette dernière. Néanmoins, je n’ai pas trouvé son alcoolisme crédible, dans le sens où cet aspect de sa vie est mal raconté à l’écran. C’est dommage, car il y avait matière à faire. Et ça influe un peu de manière négative sur la performance de Milly Alcock.

L’actrice vue dans House of the Dragon s’en sort assez bien, mais quand elle joue les dépravées, ce n’est pas vraiment naturel. De plus, je me demande si elle avait vraiment la carrure nécessaire pour incarner ce type de rôle (à voir dans les prochains films de DC Studios). Ceci étant dit, j’aime le fait qu’elle ne soit pas une femme parfaite (physiquement et mentalement). Certes, ça peut dérouter au premier abord, mais on finit par s’y faire. À côté, la jeune Eve Ridley en impose déjà beaucoup pour son jeune âge, bien aidée par le parcours tragique de son personnage. En revanche, Matthias Schoenaerts n’impressionne pas en antagoniste, mais son rôle est tellement peu étoffé qu’on ne peut pas lui en vouloir (là encore, il y avait de quoi dire sur Krem des Collines d’Ocre). Jason Momoa, lui, fait plus de la figuration qu’autre chose. Enfin, les apparitions furtives de David Corenswet (Superman) font plaisir à voir, bien que je trouve que son duo avec Milly Alcock manque d’alchimie. Là où cette dernière en a davantage avec Eve Ridley (encore heureux, vu que le récit est centré sur ces deux personnages féminins).

En ce qui concerne l’univers de Supergirl, il est intéressant à mes yeux. Comme je l’ai dit plus haut, le passé de Kara nous fait nous attacher à elle. L’intrigue secondaire sur les esclaves sexuelles censées donner aux méchants une descendance exclusivement masculine est prometteuse à première vue. Bon, le message anti-patriarcat n’est pas subtil, même si j’ai vu pire par le passé (comme je verrai sûrement pire dans le futur). Mais encore une fois, ce volet de l’histoire n’est pas assez creusé (par exemple, ça aurait été bien de montrer, même de manière suggestive, ce que ces esclaves subissent). Ça aurait renforcé le côté sororité du film. Qui est tout de même déjà bien mis en avant via la relation qui se noue entre Kara et Ruthye, avec la première qui guide la seconde et vice versa.

Pour terminer sur la forme, elle est plutôt bonne à ma grande surprise. La réalisation est classique, malgré quelques passages qui dénotent (comme quand Kara va dans le ciel pour hurler sa colère « en silence »). La mise en scène est vraiment efficace, c’est l’un des gros points forts du long-métrage. La bande originale est également très bonne (c’est le genre de musique que j’écoute habituellement, donc ça me va pour tout vous dire). Il y a d’ailleurs un super moment lors de la bataille finale, où la caméra tourne au ralenti autour d’Eve Ridley qui regarde Kara démolir (littéralement) les méchants un à un, sous fond d’une musique pop-rock à la Avril Lavigne assez entraînante. De toute manière, je pense que les séquences de combat sont réussies dans l’ensemble.

Pour conclure, Supergirl « de » Craig Gillespie est divertissant. Je pense même que je le reverrai avec plaisir. Dommage que son potentiel ait été gâché par l’égo de James Gunn, cependant.

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