[CINÉMA] I Love America (par JD)

I Love America est le dernier film de Lisa Azuelos avec, en vedette, Sophie Marceau. Avec ce nouveau film, on retrouve les mêmes recettes que pour LOL (Laughing Out Loud), sorti en 2009 et qui avait été un grand succès : même réalisatrice, même actrice fétiche, même esprit. Particularité de I Love America : le film n’est pas sorti en salle et il est uniquement disponible sur Amazon Prime.

Lisa, la cinquantaine, décide de partir aux États-Unis pour rejoindre son meilleur ami gay, alors que sa mère est quasi mourante. Cette expatriation est, pour elle, synonyme d’un nouveau départ dans un nouveau pays et dans un nouveau cadre de vie. Lisa a besoin de changement, d’un bol d’air frais. Mais son envie de renouveau se trouve contrainte par son retour à Paris pour faire ses adieux à sa mère, dont l’état de santé se dégrade très fortement. Quelques semaines, plus tard, entamant son deuil, elle revient sur Los Angeles, prête à vivre son rêve américain.

Une œuvre de vie, une œuvre de fiction

À la lecture du scénario, la première chose que l’on peut se dire : ce n’est guère original. De nombreux films ont pu aborder cet esprit de renouveau, en changeant totalement de pays ou de profession. Cela est d’autant plus renversant avec le fameux mythe de la crise de la cinquantaine (d’ailleurs, après 40 ans, chaque décennie est une crise). Bref, d’un point de vue cinématographique, on peut douter à première vue de l’apport de ce film.

Mais la force de ce film est qu’il mêle — on le comprend très rapidement — des éléments autobiographiques de la réalisatrice Lisa Azuelos. On remarque, premièrement, que le personnage principal s’appelle comme la réalisatrice. Cette mère, connue dans le film comme actrice et chanteuse, se révèle être la mère de Lisa Azuelos : Marie Laforet. Le père de Lisa trouve aussi sa place, il s’agit de l’homme d’affaires mondain : Judas Azuelos. Après avoir fui sa mère, elle trouve refuge chez ce père qui l’accueille chez lui, et ce, bien malgré lui. Le point commun de ses parents est qu’ils ne sont pas faits pour être parents et que chacun ne souhaite pas vraiment l’être. À mon sens, ce sujet de non-désir de parentalité aurait dû être traité de manière plus importante. Mais peut-être que la réponse est dans le film : on suit sa vie et son cours, et on doit l’accepter et le subir bien plus que l’on ne le croit.

La fiction s’agrège à la réalité. Et ce traitement dans le film est évolutif : elle a d’abord quelques flashbacks, où elle cherche à régler ses comptes avec cette mère à la fois omniprésente dans ses pensées, son cœur et son quotidien d’enfant mais absente concrètement, puis elle a des souvenirs où le bonheur mère/fille est entier. Les souvenirs s’envolent pour laisser place à la parole : Lisa parle ouvertement de sa mère avec sa sœur puis en présence de sa fille au premier Noel familial sans sa mere. Mais cette derniere n’est jamais loin car elle se manifeste aussi par des signes et des cadeaux semés comme des petits cailloux sur le chemin de Lisa, qui la mèneront au bonheur.

Des clichés hollywoodiens à la française

Si la mère de Lisa est un sujet majeur, à l’amour maternel se joint l’amour passionnel. Il s’agit d’une histoire simple qui utilise les codes sociétaux de 2022. Cette histoire commence à travers une application de rencontres et forcément, le personnage de Lisa ne croit pas vraiment à ce mode de rencontre. Elle se laisse guider par de multiples rendez-vous (surtout orchestré par son meilleur ami) et forcément, une rencontre matche très fortement. Mais comme dans toutes les histoires, il y a des hics : Lisa a menti sur son âge et se fait avoir à son propre jeu. On devine ensuite une grande réconciliation et le début d’une réelle histoire. Alors certes, le film retombe dans ses travers de « déjà-vu », mais le tout est réalisé de manière simple, réaliste et éternellement concret. C’est notamment le cas de la scène finale qui est romantique, mais sans complaisance et sans artifices cinématographiques. C’est une retranscription moderne des purs clichés hollywoodiens, mais avec une légèreté et une interprétation contemporaine.

C’est l’une des grandes forces de ce film qui amène l’émotion : le réalisme et le pragmatisme. Que ce soit dans la description des applications et leur fonctionnement ou dans la superficialité de ces rencontres d’un soir, tout est réalisé sans mirages, sans artifices et sans détour. D’ailleurs, ces sujets sérieux qui touchent chaque personne sont abordés avec humour et légèreté. Plusieurs scènes sont motrices dans la trame du scénario et sont des scènes comiques. Ce qui peut trancher avec le coté lourd et émotionnel de la relation mère/fille. Les parties comiques du film sont liées à l’autre personnage majeur du film, Lucas, le meilleur ami de Lisa. Lui aussi vit une solitude, une quête de l’amour, et une addiction aux applications de rencontre sans réellement voir le monde réel qui l’entoure.

Conclusion

Au final, I Love America est un film léger par sa forme et son autodérision. C’est un film contemporain ancré dans son temps, ce qui en fait un atout, car il décrypte son époque mais cela est aussi un défaut car il efface son côté intemporel. C’est un film également mélancolique avec une mère omniprésente dans la vie de la jeune Lisa, mais aussi dans celle de la Lisa adulte et sure d’elle. Pour citer un défaut, je mettrais en avant le fait que le film manque d’ambition en ce qu’il ne vas pas assez, à mes yeux, au fond des trames de l’histoire : il manque de profondeur.

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