[CINÉMA] Irréversible

C’est un film qui a été conspué après sa séance de minuit à Cannes, puis à sa sortie en salles. On est alors en 2002. Soyez sûrs et certains que si Irréversible de Gaspar Noé sortait à l’heure actuelle, il diviserait toujours autant. Et le tribunal populaire de Twitter se ferait une joie de condamner son réalisateur de tous les crimes possibles. Moi aussi, j’ai descendu son film à cause de sa mauvaise réputation. Pourtant, lorsque j’écris ces mots, c’est pour vous dire que j’ai beaucoup aimé Irréversible.

En premier lieu, j’ai aimé cette audace de commencer par le générique de fin et, donc, par la scène supposée conclure l’histoire (si on la considère dans l’ordre chronologique). Et j’ai aimé ce pari risqué de remonter le temps, donc de débuter par l’horreur et de finir par les moments beaux et insouciants. On voit donc Vincent Cassel insulter tout ce qui croise son passage, Albert Dupontel défoncer le crâne d’un mec à coups d’extincteur, et Monica Bellucci se faire violer face caméra dans un tunnel sombre aux couleurs rouge sang. Un concentré de violence gratuite qui « monte crescendo », me direz-vous. Pourtant, une fois cette partie du film terminée (et si vous avez tenu jusque-là), on bascule progressivement vers l’humour et la poésie érotiques, par le biais de la conversation à trois dans le métro et du moment d’intimité à deux.

Ensuite, il y a le casting, qui était un énorme coup de pub à l’époque. Et pour cause : Cassel et Bellucci étaient alors en couple et, à la manière de leurs « homologues » américains (Tom Cruise et Nicole Kidman), ils sont également amoureux à l’écran. Ce qui fait qu’on croit à leur romance qui sera inévitablement brisée par la scène controversée du viol (qui est le climax du film). Albert Dupontel ne démérite pas également. Les trois acteurs ensemble ont une belle complicité visible à l’écran. L’improvisation étant de mise durant 90 % du film, leur jeu n’en est qu’authentique.

Enfin, il y a cette caméra qui virevolte sans cesse, comme pour se mettre à la place du spectateur qui ne sait pas ce qui lui arrive (et dans quoi il a débarqué, surtout). Il y a ces bruits et ces musiques de fond qui sont de plus en plus forts, au fur et à mesure que la tension monte. Et il y a ces plans-séquences qu’on relie entre eux et qui, lorsque la violence est à son paroxysme (la scène de viol, toujours), donnent au spectateur deux positions : celle du voyeur/témoin malgré lui (qu’il refuse d’assumer, en témoigne la fameuse polémique susmentionnée) et celle de la victime qui ne peut s’échapper. Une énorme claque visuelle, en somme.

***

Mon bref avis sur la scène de viol

Alors, personnellement, je ne saurais vraiment vous expliquer le malaise que j’ai ressenti durant ce passage. Certes, il y a quelque chose de malsain qui s’en dégage, mais j’ai vu des scènes de viol pires que celle-là (Millénium version suédoise, par exemple). En revanche, ce qui suit juste après (Alex qui se fait battre à mort par son agresseur) n’est pas loin de m’avoir choqué/traumatisé.

***

Irréversible a donc été pour moi une excellente entrée en matière, concernant la filmographie de Gaspar Noé (je ne compte pas Love, que j’ai arrêté au bout de 45 minutes tant j’étais consterné par le jeu d’acteur et les dialogues creux). En revanche, je regrette de n’avoir pas eu l’âge requis pour le voir au cinéma (interdit aux moins de 16 ans et je n’en avais que 13). Je compte donc voir ses autres films sans plus attendre (dont Climax, si possible).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.