[SÉRIE T.V.] The Fall (Saisons 1 à 3)

Après le très bon Westworld, je reviens vous parler d’une autre série, cette fois originaire d’Outre-Manche. Réalisée par Allan Cubitt, The Fall est un thriller policier différent de ses semblables : cette fois, on connaît l’identité du tueur en série dès le premier épisode. Son intérêt consistera donc en un jeu du chat et de la souris entre la commissaire chargée de l’enquête et ce dernier. Une fiction haletante, qui n’est cependant pas dénuée de certains défauts.

The Fall met en scène Gillian Anderson et Jamie Dornan. L’une a fait ses preuves depuis longtemps, puisqu’elle est l’une des vedettes de la série et des films X-Files, a fait beaucoup de théâtre. L’autre a commencé sa carrière en jouant l’amant caché de Kirsten Dunst dans le drame Marie-Antoinette, puis on l’a revu dans la première saison de Once Upon a Time et, enfin, dans la saga décriée Fifty Shades. L’un et l’autre sont en première ligne et le méritent amplement. Tandis que les acteurs secondaires, qui gravitent autour de ce duo ambigu, bénéficient mêmement d’une écriture ciselée concernant leurs personnages respectifs.

Une traque sans relâche, un duo d’étranges personnages qui s’haiment…

C’est le premier argument de la série d’Alan Cubitt, pour moi : deux personnages qui ont des croyances et convictions différentes, mais qui se ressemblent de par leurs histoires et leurs traumatismes. On n’attend d’ailleurs qu’une chose : un face-à-face électrique digne de ce nom, qui opposera ces deux entités semblables en tout. Ce qui arrivera à la fin de la saison 2 et à la fin de la saison 3. À chaque fois, on ressentira ce sentiment mêlant tension et excitation, tant ils ont une certaine alchimie sexuelle. Car oui, The Fall est avant une série qui met en scène le désir sexuel, souvent de manière perverse.

Le tueur (Jamie Dornan) est un homme qui refuse de lutter contre son sadisme (sexuel). Au fil des épisodes de ces trois saisons, on comprendra vite que son enfance et sa mère y sont pour quelque chose. On pourrait alors penser que c’est une explication clichée et datée. Sauf que là, c’est bien amené et malgré notre révulsion à son égard, il faut l’admettre : son physique remet en cause de notre moralité. Ce n’est pas pour rien si Allan Cubitt a pensé à Jamie Dornan pour incarner ce psychopathe froid au physique de mannequin, puisque Dornan lui-même était mannequin avant d’être acteur. En ce qui me concerne, je n’ai rien à redire sur le choix de cet acteur pour incarner Paul Spector !

La commissaire divisionnaire Stella Gibson (Gillian Anderson) a, elle aussi, des cadavres dans son placard. On le voit rapidement lors du premier épisode, lorsqu’elle invite son collègue dans sa chambre d’hôtel pour coucher avec lui et le chasser le lendemain matin. On ne sait pas vraiment comment la prendre, à l’image de son homonyme masculin. Mais comme pour celui-ci, on se doute que cette attitude froide et manipulatrice cache des blessures profondes. À noter aussi que, comme lui, elle exerce un certain pouvoir d’attraction sur la gente masculine. En tout cas, Gillian Anderson sait parfaitement jouer l’ambivalence émotionnelle.

Léger bémol : si la première saison parvenait bien à mettre en parallèle ces deux personnages, la deuxième s’éloigne trop de Stella pour se concentrer sur Paul. Coïncidence avec le fait que Cinquante Nuances de Grey soit sorti en février 2015 (la saison 2 a été diffusée en novembre et en décembre 2014) ? C’est possible, sachant que cette saison a des scènes à base de « bondage ».

Pour conclure cette première partie, faire reposer une série entière sur une relation aussi malsaine (sans compter celles avec les personnages secondaires) est un pari réussi.

Des seconds rôles qui posent les questions du sexisme et du féminisme !

Si, en grande partie, on se souviendra de The Fall pour ses deux anti-héros énigmatiques, il faut dire qu’on n’oublie pas les différents hommes et femmes qui gravitent autour d’eux. Ainsi, chacun a droit à son propre développement psychologique, protagoniste comme antagoniste. De ce fait, on s’attache à certains comme on prend plaisir à détester les autres, de par ce qu’ils dégagent.

Mais le plus intéressant dans The Fall est clairement la place des femmes dans notre société. En regardant la saison 1, on est en droit de penser que c’est une série à caractère extrêmement misogyne. Les victimes sont effectivement montrées comme des objets sexuels, qui servent à satisfaire la libido extrêmement perverse de Spector. Mais plus la série avance, plus le contraire nous est présenté. Je m’apprête, en passant, à contredire ce que j’ai dit juste avant : si la Femme est bel et bien une vulgaire distraction sexuelle pour le tueur, on remarque néanmoins que, en dépit de son aversion prononcée pour la gente féminine, il ne peut s’empêcher de sublimer ses victimes après les avoir tuées – il les lave, les sèche et les maquille. Et de manière générale, les personnages féminins d’Alan Cubitt sont des grandes gueules.

Il faut distinguer deux types de protagonistes féminins dans The Fall : les femmes brunes « innocentes », avec une certaine force de caractère, et les femmes blondes « inaccessibles », qui ont du mal à cacher leurs failles. Je sais que c’est une manière vulgaire de les départager, mais c’est finalement la manière de penser de Paul Spector. Il ne s’attaque qu’à des femmes brunes « de pouvoir », mais se retrouve démuni face à une femme de la trempe de Stella Gibson (on peut aussi prendre en compte sa femme et sa fille, qui sont blondes elles aussi). Mais comme le dit si bien cette dernière : « Il faut prouver aux hommes qu’on peut survivre dans cette société patriarcale. »

Remarque : La seule femme qui se distingue dans The Fall est Danielle Ferrington (Niamh McGrady), notamment par ses préférences sexuelles (elle est lesbienne), par sa manière de s’habiller et par sa couleur de cheveux (elle est rousse). Est-ce voulu de la part du créateur de la série ou est-ce un pur hasard ?

Là où la série d’Alan Cubitt délivre un message véritablement féministe, c’est au travers de ses personnages masculins. Oui, la série met en scène des hommes à la vulnérabilité apparente du début à la fin. Que ce soit Jim Burns (John Lynch), James Olson (Ben Peel) ou Rob Breedlove (Michael McElhatton), pour n’en citer quelques-uns. Certes, ils ont aussi leurs forces, mais on sent qu’ils tiennent difficilement le coup contrairement à leurs partenaires féminines. En passant, je vous dirai la même chose que pour Paul Spector : à savoir que Stella Gibson traite pareillement la gente masculine comme un objet qu’elle s’amuse à « sculpter », selon ses humeurs. Le seul pour qui elle aura vraiment un semblant d’estime sera Tom Anderson (Colin Morgan), car elle voit en lui une sorte de lumière qu’elle ne perçoit pas chez les autres (comme son collège Burns, qui manquera de la violer à un moment donné).

Le féminisme est, par conséquent, l’argument qui m’a le plus surpris dans The Fall.

Une réalisation et un scénario tantôt intéressants, tantôt inégaux…

C’est, à mon sens, le défaut majeur de The Fall. Il y a d’ailleurs un clivage important entre la première saison et les deux autres, clivage dû au changement de réalisateur. Pour info, Jakob Verbruggen a réalisé les cinq premiers épisodes de la série, tandis qu’Alan Cubitt s’est occupé de diriger les suivants. On sent ainsi une forte différence de perception au niveau du scénario, des plans de caméra et de la photographie, chez ces deux-là.

Même si j’ai moyennement apprécié le Pilot – c’est l’épisode où il faut présenter et installer l’intrigue, de même que les différents personnages –, la première saison reste la plus intéressante à ces niveaux-là. Car non seulement elle parvient à rendre attachants Spector, Anderson et les autres protagonistes/antagonistes, mais elle arrive surtout à les mettre en valeur. Notamment Jamie Dornan, avec des gros plans sur son regard et sur son corps (qui se « meut » selon ce qu’il s’apprête à faire). J’en reviens donc à ce sentiment paradoxal qu’on éprouve à son égard : d’un côté, on sait qu’il est dangereux et immoral ; de l’autre, on ne peut pas s’empêcher d’éprouver une fascination (physique) à son égard. Les saisons 2 et 3 parviendront à le mettre au premier plan, mais avec moins de panache et plus de clichés « hollywoodiens ».

Lorsqu’Alan Cubitt est passé derrière sa caméra, il a délaissé l’unicité de son œuvre, malgré lui. Je suis d’accord pour dire qu’il y a bel et bien des scènes qui produisent leur effet (genre celles où s’instaure une tension sexuelle entre Paul et la jeune Katie). Or, il y en a d’autres qui ne sonnent pas justes. Ça se sent d’emblée quand ces dernières commencent et finissent. Cependant, il réussit à faire changer de perspective le spectateur, selon si c’est du point de vue de Spector ou de Stella (cf. la vidéo de Rose Stagg qui est torturée). De même qu’on changera souvent d’avis à propos de Paul, entre les deuxième et troisième saisons.

Concernant la fin de l’intrigue – une saison 4 serait prévue dans quelques années –, j’aurais aimé une sortie plus marquante pour le personnage de Jamie Dornan. Comme j’aurais voulu savoir ce qu’il arrive à Katie (Aisling Franciosi) et à Sally Ann Spector (Bronagh Waugh) et ses enfants. J’ai trouvé que l’ensemble se terminait « à la va-vite ».

Une série britannique à la hauteur de ses voisines d’Outre-Atlantique !

Malgré ses défauts indéniables, The Fall est une série de qualité, qui parvient à dépoussiérer le personnage du Serial Killer, tout en s’ancrant dans une société moderne où la Femme se doit d’être entendue et respectée par ses pairs masculins. C’est une fiction qui use de beaucoup de clichés pour convaincre son auditoire, certes, mais qui le fait intelligemment via une écriture ciselée. C’est également une série qui est brillamment portée par ses covedettes, les talentueux et charismatiques Gillian Anderson et Jamie Dornan.

Un dernier argument pour vous convaincre : une fois que vous avez regardé un épisode, vous ne pourrez pas vous empêcher de regarder la suite immédiatement derrière !

Voici mes notes par épisode, avec ma moyenne générale :

  • 1.01 Dark Descent : 5/10
  • 1.02 Darkness Visible : 7,5/10
  • 1.03 Insolence & Wine : 7,5/10
  • 1.04 My Adventurous Song : 7,5/10
  • 1.05 The Vast Abyss : 9/10
  • 2.01 Walk the Line : 8,5/10
  • 2.02 One Named Peter : 7/10
  • 2.03 It’s Always Darkest : 6,5/10
  • 2.04 Strangler : 7,5/10
  • 2.05 The Fall : 7/10
  • 2.06 In Summation : 9,5/10
  • 3.01 Silence and Suffering : 6,5/10
  • 3.02 His Troubled Thoughts : 9/10
  • 3.03 The Gates of Light : 9/10
  • 3.04 The Hell Within Him : 7,5/10
  • 3.05 Wounds of Deadly Hate : 8,5/10
  • 3.06 Their Solitary Way : 9/10

MOYENNE GÉNÉRALE DE LA SÉRIE : 7,5/10

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Fab!en

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