[DOSSIER] L’Avenir / Eat, Pray, Love (par JD)

Note de Fab!en : Aujourd’hui, ce n’est pas moi qui vous parle de cinéma, mais JD à qui je laisse la parole ! Il vous livre ainsi une double analyse intéressante sur deux films qui l’ont beaucoup marqué : Eat, Pray, Love et L’Avenir ! Bonne lecture ! 😉

Deux films, deux histoires : vous montrer leur similitudes comme leurs divergences, c’est le but de cette analyse – JD.

Deux films et deux histoires

Dans Mange, prie, aime, Elizabeth surnommée Liz, menant pourtant une vie tout à fait rêvée à savoir un bon travail à New-York, ayant un joli appartement et étant mariée récemment, se trouve confrontée à un vide intérieur et réfléchie quant à son avenir.

Dans L’Avenir, Nathalie, professeur de philosophie et auteure d’une collection d’ouvrages philosophiques, mariée et deux enfants, voit sa vie chamboulée quand son mari lui annonce qu’il quitte le domicile conjugal et part mener sa vie avec une nouvelle femme.

La première fois que j’ai vu Mange, prie, aime s’était en 2010 donc l’année de sa sortie sur Canal+ et je dois dire que le film m’avait simplement émerveillé par ses paysages notamment lors de la phase à Bali. Je l’ai revu lors de son passage en clair sur France 2, provoquant chez moi, déjà un véritable remous. Mais quand de mon propre chef, j’ai regardé le film en streaming en septembre dernier, cela a provoqué chez moi, un véritable sentiment de bonheur voir de révélation. Les thèmes de la remise en cause et du questionnement de soi, l’interrogation sur ses véritables envies et motivations dans la vie, l’évasion et le voyage, la méditation n’ont pu trouver qu’un véritable écho pour moi qui refaisait un master 1. Quant à l’Avenir, ce film m’avait marqué par son affiche assez saisissante, et je dois dire par l’accueil critique qu’avait reçu le film (mais également par la seule présence d’Isabelle Huppert). Je dois dire que je m’attendais pas à être autant saisi voir touché par ce film, qui se déroule dans une simplicité plus que déconcertante, ne voyant pas le temps du film s’écouler et bluffé par le jeu d’acteur de l’ensemble de la distribution.

Ces films m’ayant laissé songeur, très vite, ils me sont apparus comme évoquant les mêmes thèmes, la même quête intérieure mais à la fois face au cours des événements, chacun y apporte une réponse différente.

Un contexte similaire et des convergences évidentes

Deux femmes se trouvent face un problème existentiel : la découverte de soi et leurs aspirations réelles dans la vie. En effet, le point commun de ces deux films et de ces deux parcours de femmes est de les confronter à une remise en question de soi et à une redéfinition du sens qu’elles peuvent porter à leur vie. En effet, toutes les deux ont subie une rupture amoureuse. Pourtant cette relation amoureuse guidait leur vie, équilibrait leur vie voir agençait leur vie. On peut donc parler de l’effet d’un métronome quotidien, annuel voir décennal.

Passé outre le point commun évident de ces deux histoires à savoir qu’il s’agit de deux femmes en rôle principal, il convient de noter que ce sont deux femmes ayant plus de quarante ans. Et c’est un détail non négligeable à évoquer, connaissant le milieu très fermé du cinéma notamment pour les rôles féminins et de surcroît pour des rôles féminins passés la quarantaine. C’est donc une prouesse d’y accorder dans chacun de ses films, le personnage déterminant et concepteur du film. Pour en terminer avec l’introduction, l’autre grand point commun est que chacun des rôles est détenu par deux grandes actrices de niveau mondial. Que dire de Julia Roberts, en passant par Mystic Pizza, Pretty Woman, Le Sourire de Mona Lisa, L’Affaire Pélican ou encore Un Été à Osage County. Pour Isabelle Huppert, des films comme La Cérémonie, Les Sœurs Brontë, La Pianiste, 8 Femmes ou encore Elle forment une formidable filmographie.

Ces deux femmes sont toutes les deux issues d’un milieu aisé, l’une est professeur de philosophie dans un lycée parisien et publie une collection de manuels philosophiques, quand l’autre mène une jolie carrière dans le privé à New York. Mais le destin veut qu’elles soient confrontées chacune à leur façon à un problème interne lié à leur morale, à leur philosophie comme une remise en cause de leur existence liée à une séparation conjugale. En effet, l’élément déclencheur pour chacune est une séparation amoureuse. Chacune pour répondre à ce problème entreprend un ou des voyages. Elles mettent à mal leurs habitudes pour soudainement casser leurs codes et lois de fonctionnement, pour certainement fuir leur quotidien mais également pour apaiser leur conscience. Le thème du voyage est certes évoqué par le mouvement et le déplacement physique qu’entreprennent les deux personnages, mais il est plus directement posé à mon sens dans le voyage philosophique qu’elles engagent. Voyage philosophique qui d’ailleurs se concrétise par des rencontres amicales, un maître à penser spirituel pour l’une (Liz) et un ancien élève étudiant la philosophie pour l’autre (Nathalie). L’amitié est le sentiment le plus évoqué dans chacune des deux histoires paradoxalement, comme si l’amitié se voulait plus serein et davantage pure face aux sentiments amoureux qui sont donc au cœur des intrigues, voir l’élément perturbateur, mais qui sont plus éphémères ou dévastateurs aux yeux des personnages.

Contexte similaire mais des divergences de fond

La première différence qui apparaît plus qu’évidente entre les deux films, c’est le fait que l’une se fait quitter (Nathalie), alors que l’autre quitte son mari par désir de démarrer une nouvelle vie (Liz). Une est donc marquée par un désir de changement et entame une introspection de soi notamment sur ses valeurs, ses aspirations et envies, alors que l’autre accepte la fatalité et subie son destin. Nathalie (Isabelle Huppert) ne s’attend pas du tout à se faire quitter et encore moins pour une autre femme, d’ailleurs cette dernière n’apparaît pas physiquement dans le film, marquant bien le désir de la réalisatrice de focaliser toute son attention sur la réaction de la femme trompée et quittée. Liz (Julia Roberts), quant à elle, décide de quitter sa vie confortable pour réfléchir justement sur la suite de la destinée de cette vie. Alors certes, les deux personnages parcourent un voyage philosophique, mais on peut affirmer qu’une le souhaite ardemment alors que l’autre l’endure bien malgré elle dans le fond.

Encore une fois si le thème du voyage est bel et bien évoqué dans les deux films, une différence est notable en ce que Nathalie part se ressourcer dans sa maison de vacances familiale et chez un ami habitant en campagne (donc à quelques heures de son lieu de résidence) comme pour marquer des parenthèses et des pauses dans sa vie quotidienne, alors que Liz entreprend un voyage initiatique sur plus d’une année avec différentes destinations marquées par les points cardinaux : le goût, l’amour et la spiritualité.

Et les deux femmes ne répondent pas à leurs problèmes de la même façon. Liz développe deux relations : la première avec un petit ami américain joué par James Franco qui, après coup, joue sans doute le rôle d’un pansement affectif face à l’inconnu qui se présente à elle et enfin l’amour ultime, le vrai, qu’elle rencontre à Bali lors de son dernier voyage entrepris : le personnage joué par Javier Bardem. Nathalie quant à elle, ne retrouve pas l’amour tout simplement car elle ne cherche pas réellement à le retrouver, bien au contraire, on semble croire qu’en son ancien étudiant (Fabien), elle cherche plutôt à combler un amour filial, une relation qu’elle n’aurait donc pas avec ses enfants ou bien sans doute y voyant le moyen de combler la perte de sa mère qui meurt en même temps.

De même que si les deux personnages sont nostalgiques de leurs vies anciennes se cache en miroir finalement sans doute une crainte de leur futur inconnu. La nostalgie se concrétise chez Liz, en ce que durant son voyage, elle se montre pendant un moment à regretter sa vie révolue comme si elle avait des remords face aux choix qu’elle avait entrepris, les remettant donc en cause. Alors que Nathalie est davantage marquée par des moments mélancoliques, la perte d’habitudes de vies marquées par des décennies et aucunement par l’envie par exemple de reconquérir son ex-mari ou cherchant à s’interférer dans la nouvelle vie de son ex-mari.

Pour conclure, on peut s’interroger sur la consistance et la pertinence de ses différences entre les deux films, est-ce un simple concours de circonstances et le simple fait que deux femmes répondent de manière différente face aux soubresauts de la vie, ou bien pourrait-on ne pas y voir une différence de traitement dû au fait que s’oppose une vision américaine et une vision européenne voire française ? La réponse doit être en partie positive. Il faut aussi remarquer que Mange, Prie, Aime et la vie de Liz sont une histoire vraie issue d’un roman autobiographique, alors que L’Avenir est un scénario créé donc pour être un film. D’ailleurs, pour la petite histoire, en vrai, Liz divorce de son beau brésilien en 2016 pour avouer son amour à sa meilleure amie depuis 15 ans.

Bonus : le parcours au Box-Office

Enfin, on notera que Mange, Prie, Aime est un film à succès mondial ayant réalisé plus de 200 millions de dollars de recettes avec un budget de 60 millions de dollars à la base. Alors que L’Avenir est plus confidentiel ayant réalisé mondialement un peu plus de 5 millions de recettes pour un budget de 3 millions de dollars. L’accueil critique n’est pas le même également : L’Avenir a reçu un bon accueil de la part des professionnels notamment de Rotten Tomatoes avec un score de 82% y compris pour Metacritic qui accorde 88% de bonnes critiques. Pour Mange, Prie, Aime, les scores sont plus difficiles avec 36% pour Rotten Tomatoes et 50% pour Metacritic, la plupart des critiques soulignant le manque de spiritualité vis-à-vis du livre.

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JD

Amateur de cinéma et d'arts en général, vous retranscrire mon émotion, ma conception et mon analyse d'un film est pour moi un privilège. Le cinéma est fait pour que chacun puisse être touché par une scène ou par le jeu d'un acteur, ou encore pour mettre une image sur un moment de vie ou un sentiment. C'est l'exacte intemporalité du cinéma.
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